Controverse autour du Pape et de l’Islam

 

 

Quelles sont les motivations des intervenants dans ce débat ?

 

Il y a tout d’abord ceux qui prennent la défense de Benoît XVI, faisant remarquer avec beaucoup de bon sens qu’il est difficile de considérer les propos du pontife comme une « provocation » étant donné, tant la forme que le contexte, dans lesquels la déclaration a été faite.

 

Ensuite, il y a ceux qui défendent l’intervention au nom du principe de la « liberté d’expression », qu’ils érigent en valeur inviolable. Ici on rejoint la polémique qui a fait rage autour de l’affaire des caricatures. Le problème de cette ligne d’argumentation est qu’elle peut laisser involontairement sous entendre que le Pape aurait été parfaitement dans son « droit » de tenir des propos « blessants ». Or il est évident que cela n’était pas son intention. L’interpréter autrement relève de manière obvie de la plus grande mauvaise foi.

 

Il y a ceux, représentants d’une certaine « pensée occidentale », qui parlent de maladresse, voire d’incompétence, et qui instrumentalisent la polémique, avec un parfum de « schadenfreude » non déguisé, pour réclamer des excuses ou même la démission du Saint Père. Dans leurs rangs on retrouve sans surprise les « anti-cléricaux » pure souche, pour qui tout ce qui contribue à l’affaiblissement de l’Eglise est « bon à prendre » même au prix de l’incohérence flagrante de leur attitude avec les positions de l’Islam dont ils se font les défenseurs « par principe ».

 

Plus dangereux encore, sont les tenants d’une politique d’apaisement à n’importe quel prix, prêts à abandonner le terrain, y compris celui du débat d’idées, au nom d’un soi-disant respect du caractère privé des croyances religieuses. Ils défendent une position schizophrénique en refusant de tirer les conséquences de l’incompatibilité fondamentale entre les valeurs et les structures qui en découlent, d’une société où il y a séparation de l’Eglise et de l’Etat et d’une société où religion et Etat sont inséparables. Les références historiques (confusion de l’Eglise et Etat en Europe pendant des siècles, croisades etc.) ne peuvent servir de « justification » à tolérer l’intolérance chez « l’autre » au nom d’une culpabilité frileuse.

 

Se tournant maintenant vers les critiques émanant du monde Musulman, il faut distinguer principalement deux courants :

 

D’une part ceux qui se proclament offensés, mais dont le but principal est de se dédouaner auprès des populations dans l’espoir de conserver quelque influence face à la montée en puissance des éléments les plus radicaux et intégristes de l’Islam. Cette lâcheté sert bien plus à renforcer l’extrémisme qu’à promouvoir un dialogue qui aboutirait à remplacer la violence physique par un débat sur les idées et valeurs dont la diversité ne peut être que richesse partagée.

 

D’autre part les extrémistes, qui par la violence des propos qu’ils tiennent et les menaces de représailles qu’ils véhiculent, apportent la preuve – si besoin était – qu’ils s’excluent eux-mêmes du débat en tant qu’interlocuteurs valables.

 

Les trois grandes religions du Livre partagent un héritage spirituel et moral commun qui transcende les dissensions qui les opposent.  Les autorités religieuses responsables se doivent de renforcer le dialogue et promouvoir le respect mutuel à tous les niveaux. Ils doivent en particulier dénoncer avec fermeté toutes les dérives par rapport aux principes fondamentaux : que ce soient la condamnation d’actes de violence, la non réciprocité de la liberté du culte ou le maintien de toute autre discrimination (civile ou pénale) basée sur la religion. 

 

Tant que les protagonistes poursuivront des agendas cachés, tant que la religion sera instrumentalisée pour la justification et la poursuite d’objectifs politiques, il sera impossible d’avoir un débat serein sur ce terrain.

 

 

Paul N. Goldschmidt

 

 

 

 

 

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