Le régime criminel de Poutine doit être dénoncé. Aucun compromis n’est tolérable.

Les médias nous abreuvent à longueur de journées de débats savants, moralisateurs ou se voulant « objectifs » pour informer l’opinion publique sur le drame du conflit russo-ukrainien. Ce faisant, pour se donner une apparence de crédibilité, ils se croient obligés de présenter les faits, soit en laissant à chacun le soin de les juger, soit en présentant des appréciations contradictoires qui ne dissimulent que mal la subjectivité de ceux qui les expriment.

L’exemple emblématique de ce phénomène est illustré par le récent rapport d’ « Amnisty International » qui répertorie des faits indiscutables perpétrés en Ukraine, mais qui s’autorise unilatéralement de les qualifier de « violations du droit humanitaire international », rôle qui revient pourtant uniquement aux autorités judiciaires. Or si personne ne met en cause la réalité des faits rapportés, leur évocation hors de tout contexte (différences entre agresseur et agressé, choix imposé par l’agresseur du terrain, etc.) peut rendre suspecte l’intention des auteurs du rapport ce qui en amoindri significativement la portée. En effet, l’utilisation par la propagande russe dudit rapport et son relais par les médias par « souci d’information » sans autre précaution, illustrent le détournement dont il fait l’objet.

Or, la perpétration avérée par les Russes de crimes de guerre (Bucha/Marioupol, etc.), de crimes contre l’humanité (militarisation de la centrale nucléaire de Zaporijjia, non-respect des conventions de Genève, viols et tortures systématiques, etc.) et la forte présomption d’un faisceau de preuves établissant le crime de génocide (déportations, russification, etc.) constituent autant de circonstances à prendre en compte avant d’accuser l’Ukraine (au lieu d’éventuels responsables individuels) des violations répertoriées, et ce d’autant que la majorité de la population ukrainienne soutient incontestablement l’action de son armée malgré les pertes occasionnées.

Ces mêmes biais d’interprétation se retrouvent dans l’évaluation des « sanctions » contre l’agresseur, la suspension desquelles est souvent recommandée, exerçant des pressions sur l’Ukraine au nom du « réalisme », qui visent à la faire accepter des propositions qui lui seraient hautement préjudiciables. Il en est de même dans l’argumentation voulant imposer un arrêt/pause au conflit sur les positions actuelles, gelant dans le processus l’occupation de 20% du territoire ukrainien. Trop souvent leurs auteurs cherchent à instrumentaliser leurs opinions publiques pour remettre en cause le support aux Ukrainiens au nom de la défense de leur bien-être au détriment de la défense de principes fondamentaux que les Ukrainiens défendent aussi en notre nom au prix de leur sang ; ce faisant et par ce biais détourné, ces faiseurs d’opinion apportent leur soutien à peine voilé à la réalisation des buts de guerre de Poutine.

Il est donc temps de dénoncer la confusion qu’entretien le régime de Poutine dans sa guerre de propagande où il est devenu impossible d’identifier la part du mensonge délibéré, inhérent aux déclarations contradictoires successives et qui ont compromis définitivement tout crédit susceptible de leur être accordé :

En premier lieu, quelque soient les exactions et les immenses souffrances infligées au peuple ukrainien, la guerre n’est, de l’aveu même de Poutine, qu’un premier pas dans la poursuite d’objectifs beaucoup plus ambitieux. Plus sinistre sur le long terme est la visée de remplacer la prépondérance de l’Occident, acquise au cours des siècles par sa supériorité militaire, son développement économique et technologique ainsi que par la propagation de ses valeurs, par un nouvel ordre mondial basé sur un rapport de forces où la terreur, brandie par l’usage sans retenue du chantage nucléaire, devient le principal outil de domination et de subjugation de toute opposition.

Ensuite il faut reconnaître le déséquilibre colossal qui existe entre les ambitions de Poutine et ses capacités fantasmées à les mettre en œuvre. Sa rhétorique belliqueuse et son acharnement à obtenir une réhabilitation et une reconnaissance de l’ancien statut de grande puissance ne peuvent cacher la réalité : c’est seulement son arsenal nucléaire surdimensionné qui pose problème. Malgré l’immensité de son territoire et de ses richesses naturelles, la Russie ne tient désormais que le rang que d’une puissance économique moyenne,  jouissant d’une capacité militaire conventionnelle limitée et d’une démographie déclinante qui la classifie au nombre des pays dont le niveau de vie, déjà bas, régresse.

De surcroît, il ne fait guère de doute que c’est la rivalité entre les Etats-Unis et la Chine qui va façonner le monde dans l’avenir proche ; Poutine, affichant une frustration grandissante, continuera à s’acharner (vainement) à vouloir y jouer un rôle prépondérant. Dans ces rivalités, l’alignement ponctuel des intérêts de la Chine et de la Russie et leurs tentatives de séduction envers le tiers monde, ne peuvent cacher la vassalisation ultime de la deuxième au premier, si ce camp devait l’emporter.

Du côté occidental par contre, si aujourd’hui l’inachèvement de l’intégration européenne vassalise l’UE aux Etats-Unis aux plans de la défense et de la monnaie, la perspective que la première se hisse au niveau du second dépend exclusivement de la capacité de l’Union à concrétiser institutionnellement son unité ; ainsi peut se créer une communauté d’intérêts basée solidement sur une éthique et un partage de valeurs communes. Cette communauté a vocation à partager – sans imposer – ses acquis indiscutables et sa vision avec le reste du monde ; c’est à ce prix qu’il sera possible de réduire les inégalités intolérables qui divisent les peuples et qui font planer des risques de destruction de l’humanité ; seuls des mécanismes coopératifs de contrôle des armes nucléaires et du réchauffement climatique sont capables de les juguler.

En conclusion, il est nécessaire de s’opposer, sans la moindre concession, aux menaces criminelles de Poutine et de le traiter en paria infréquentable sans se laisser impressionner par le risque d’un comportement irrationnel que ses blessures d’ego pourraient engendrer. En particulier il faut le frustrer de toute opportunité de s’afficher avec le Président Biden pour éviter l’impression d’une égalité de statut. Il convient prioritairement de convaincre l’opinion publique dans le monde développé et ensuite le reste de la planète que Poutine bluff. Ensuite il faut reconnaître que le nouvel ordre mondial dont personne ne peut nier la nécessité, passe par un attachement sans compromis aux valeurs civilisationnelles issues des rencontres entre populations du monde depuis l’origine et dont l’Occident a su plus récemment tirer une synthèse procurant une base crédible pour affronter les défis existentiels qui nous confrontent.