Des négociations avec le maître du Kremlin sont-elles  envisageables ?

Alors que chaque jour s’allonge la liste de victimes militaires et civiles au milieu d’un amas croissant de ruines, la pression pour obtenir un « cessez-le-feu » s’intensifie afin de mettre fin aux souffrances humaines insupportables et aux destructions matérielles insensées dont l’Ukraine est la victime.

Ce premier pas vers la résolution du conflit est-il envisageable ou même souhaitable ? La Russie se dit « ouverte à la possibilité » alors que l’Ukraine s’y oppose fermement. Ces deux positions s’expliquent facilement : un simple « cessez-le-feu » sans autres conditions marquerait une victoire significative pour la Russie qui occupe une grande partie de 4 « Oblast » au sud et à l’est du pays ainsi que la Crimée, territoires tous reconnus internationalement comme faisant partie de l’Ukraine.

Non seulement le front serait gelé à un moment où l’Ukraine a repris l’initiative, mais de surcroît cela offrirait un répit à l’agresseur lui donnant tout loisir de renforcer son dispositif militaire, très dégradé, à l’abri de toute attaque pendant la période hivernale. Cette pose a une autre conséquence négative permettant à l’agresseur d’intensifier la russification forcée du territoire occupé, ce qui affaiblirait la position de négociation de l’Ukraine et pourrait changer fondamentalement les conditions d’une paix définitive.

Une première conclusion s’impose : un cessez-le-feu sur la ligne de front actuelle sans négociations « préalables » est totalement inenvisageable. Cette solution – comme l’a d’ailleurs exprimé Poutine lui-même – est synonyme d’une reddition pure et simple de l’Ukraine imposée unilatéralement par son agresseur et précurseur de concessions additionnelles. Le cas échéant, seule une Ukraine, contrainte et forcée, serait habilitée à s’y soumettre ; mais en aucun cas des intervenants extérieurs sont-ils juridiquement ou moralement autorisés à soutenir ou encourager une telle position laquelle bafoue les préceptes les plus élémentaires du droit international.

Dès lors, une négociation est-elle possible ? Le Président Zelenski a légiféré contre toutes velléités de négocier avec Putin, responsable de l’agression et par conséquent des exactions criminelles avérées qui ont été perpétrées par les combattants sous ses ordres directs ou indirects. L’absence d’une condamnation judiciaire en bonne et due forme ne constitue en aucun cas une objection valable pour rendre acceptable une négociation avec Putin; les faits qui lui sont reprochés tombent sous la qualification de « crimes de guerre » ou « crimes contre l’humanité » relevant du « flagrant délit » dont la matérialité a déjà été suffisamment étayée par les preuves réunies par les autorités compétentes. (Certaines déclarations publiques, par des membres de l’entourage du pouvoir, visant l’élimination pure et simple du peuple ukrainien relèvent clairement d’un appel au « génocide »).

Le remplacement de Putin à la tête de la Russie semble donc une condition préalable sine qua non à l’entame de pourparlers constructifs pour mettre fin au conflit. Pour ce qui en est des alliés occidentaux de l’Ukraine, ni le principe de réalité ni une quelconque considération de type humanitaire (sauver des vies – diminuer les destructions – nourrir et chauffer les populations – soutenir l’économie) ne peuvent justifier de forcer l’Ukraine à des compromis en lui retirant les moyens de se défendre (suspension des livraisons d’armes ou autres supports). Au contraire, tout accord devra spécifier les garanties préservant les intérêts vitaux des deux parties à l’intérieur de leurs frontières respectives. De surcroît des réparations devront compenser les dommages subis par l’agressé dont le versement pourrait être la condition d’une levée progressive des sanctions contre l’agresseur.

Ce serait une faute morale irréparable de transiger sur ces points ; cela mettrait en cause à terme, la crédibilité de l’engagement de l’OTAN et de l’Union Européenne concernant la défense de leurs Membres, alors que, par son intervention, Putin a réveillé involontairement le sentiment de solidarité qui les unit. Non seulement offrirait-on sur un plateau la réalisation de ses objectifs immédiats au Dictateur, mais, selon tous les précédents historiques, on pourrait dès lors s’attendre à ce qu’il reprenne son offensive de destruction du monde occidental et de l’UE en particulier, sous le regard indifférent des pays non-engagés.

Très dangereuse aussi est le communiqué du Président Biden (probablement mû par des considérations électorales pressantes) annonçant être prêt, dans certaines circonstances, à rencontrer Putin (sans aborder – parait-il – les questions territoriales liées au conflit). Cette rencontre, dont on peut questionner l’utilité, couronnerait au plus mauvais moment les efforts acharnés du Dictateur pour redevenir fréquentable. Il justifierait aux yeux d’un segment non négligeable de l’opinion publique européenne les positions ambiguës de nombreux responsables politiques (surtout à l’extrême droite et à l’extrême gauche de l’éventail politique), qui soutiennent Poutine et qui ont vu leur popularité considérablement écornée suite à l’unanimité retrouvée des 27 à l’occasion du conflit.

Il faut se souvenir à tout instant qu’à ce jour c’est l’Ukraine qui paye le prix du sang et subit les destructions dévastatrices ; aucune considération, même de nature humanitaire, ne peut justifier de compromettre le soutien indéfectible de l’Occident à l’Ukraine sans nous renier nous-mêmes.

C’est pourquoi, pour limiter autant que possible les risques d’une réaction imprévisible de ce menteur invétéré, je suggère qu’il ait la vie sauve ; je propose en outre, de garantir à cet adepte, ivre de réinterprétations de l’histoire, une retraite paisible mais cloîtrée, à Sainte Hélène, entouré de ses sbires. Là, comme son illustre prédécesseur, il pourra méditer sereinement sur les difficultés de rendre la Russie gouvernable et sur les conditions nécessaires à l’intégrer pacifiquement dans le concert des Nations. Qui sait si un jour on ne rapatriera pas ses cendres à la Cathédrale de Moscou accueilli par un Patriarche plus digne que Kirill pour exercer cette fonction.

En attendant, les offres de service « taxi » pour l’y conduire peuvent être adressées au Secrétaire Général de l’ONU.