Dans la situation actuelle, l’abstention est un déni de démocratie et un abandon coupable de responsabilité.

Dans un climat tendu où la majorité des électeurs est tiraillée entre le « rejet » et le « refus », il est très tentant de donner sa préférence à la pêche !

Les abstentionnistes, quelle que soit la forme choisie pour l’exprimer – vote blanc, ni-ni ou abstention – est la position des lâches. Ils abandonnent sciemment à leurs compatriotes le privilège, chèrement acquis par nos ainés, parfois au prix de lourds sacrifices, de déterminer qui va gouverner la France pendant les cinq prochaines années.

Si le résultat n’avait pas pour enjeu des conséquences existentielles pour l’Etat, impliquant la remise en cause de droits fondamentaux inscrits dans la Constitution, de la démocratie ou encore d’effets susceptibles de rendre le pays ingouvernable et de dégénérer en conflits sociaux, voire en guerre civile, on pourrait admettre que le citoyen se réfugie dans l’abstention, étant entendu que, ce faisant, il accepte comme un moindre mal la victoire démocratique d’un des deux candidats en lice.

Or, en l’occurrence, le scrutin de 2022 (comme ceux de 2002 et de 2017) ne satisfait pas à cette condition préalable, sensée préserver le maintien de l’Etat de droit et notamment assurer que toute modification des lois et/ou des pouvoirs conférées par délégation du législateur aux autorités, soient mis en œuvre dans le respect des procédures et formalités prévues par la Constitution.

En effet, le programme de Madame Le Pen inclus plusieurs propositions qui – directement ou indirectement – sont incompatibles soit avec la Constitution (violation de l’égalité des français devant l’impôt – interdiction générale du port du voile dans l’espace publique), soit avec le respect d’engagements souscrits par la France dans le cadre de traités internationaux (Traité de l’Union Européenne – Convention des Droits de l’Homme).

Dans le cas de l’incompatibilité avec le TUE, il s’agit ni plus ni moins d’une énorme supercherie puisque Madame Le Pen se présente comme ayant changé d’avis depuis 2017 ; elle serait devenue, prétend-elle, une partisane de l’€ et de l’Union Européenne (quoique d’une « autre Europe » dite « de coopération interétatique »). Si, au nom de la liberté d’expression, cette position peut se défendre dans son principe, elle doit, cependant, être assumée avec toutes ses conséquences et être présentée comme telle à l’électeur. Il conviendrait donc qu’elle propose – comme le fit le gouvernement britannique – la voie de la négociation pour obtenir les concessions qu’elle estime indispensables pour le maintien de la souveraineté française. Celles-ci  comportent, entre autres, le rétablissement des contrôles aux frontières intérieures avec les Pays Membres, une renégociation de la contribution française au  budget de l’Union, la possibilité d’instaurer une « préférence nationale », etc., revendications nécessitant des modifications du TUE qui n’auraient aucune chance d’obtenir l’unanimité requise. 

Si la négociation échouait (comme prévu), l’option d’un « Frexit », conformément à l’Art.50 du TUE, serait alors soumis à un Referendum. A la différence du « Brexit », cependant, le retrait de la France – faisant partie des membres clés de l’Eurozone – aurait pour conséquence inévitable le démantèlement de la Monnaie Unique (et de l’UE). Aussi, une telle perspective entrainerait la France dans une spirale inflationniste et un retour à une ère de « dévaluations » successives, si ce n’est carrément à un défaut de payement ; en effet,  l’endettement de l’Etat de 3000 milliards – contractée en € – devra alors (comme celle du secteur privé) être remboursée en devises étrangères et non dans la nouvelle monnaie nationale. Il est inutile de détailler les conséquences désastreuses sur le « pouvoir d’achat » des couches populaires, dont Madame Le Pen se vante d’être le protecteur. Se déroulant au sein d’une crise financière monumentale affectant l’ensemble des marchés financiers mondiaux que le démantèlement de l’€ aurait provoquée, elle en dissimulerait partiellement les causes aux français. Un tel environnement serait d’ailleurs propice à l’instauration d’un état d’urgence et la mise en place d’un régime « il-libéral » que la candidate appelle de ses vœux.

Je ne m’étends pas sur les aspects plus « politiques » des aspirations de Madame Le Pen en matière de politique étrangère (relations avec la Russie, l’Ukraine, l’OTAN, immigration, islamophobie etc.) qui relèvent d’opinons – certes recevables – mais qu’une importante majorité de citoyens jugeront désastreuses pour l’avenir du pays et sa capacité d’influence sur l’échiquier tant européen que mondial.

Devant ces conséquences dramatiques, le citoyen a le devoir d’éviter l’élection de Madame Le Pen. L’abstention devient dès lors une complicité par défaut à la réalisation d’un cauchemar écrit d’avance. Il ne peut se justifier par l’absence sur le bulletin de vote d’un candidat répondant aux préférences de l’électeur. L’élection d’Emmanuel Macron est parfaitement légitime dans le cadre institutionnel actuel ; elle doit être considérée comme l’expression de la volonté démocratiquement exprimée par une majorité d’électeurs même si cette majorité est rendue artificielle par le système électoral majoritaire à deux tours en vigueur.

En effet, le support  par adhésion à E. Macron est plus voisin de son score au premier tour de l’élection (27,7%), ce qui devrait l’obliger ; il lui incombe d’éviter les erreurs du Président Chirac après son élection à plus de 80% des voix en 2002 et, comme il s’y est engagé durant sa campagne, de prendre des initiatives pour associer plus étroitement aux prises de décisions de son administration la majorité de ceux et celles qui l’ont soutenu pour éviter de plonger la France dans le chaos.

A l’heure d’écrire ces lignes, la réélection du Président sortant est loin d’être assurée. Ce pourraient être les « abstentionnistes » qui détiennent la clé du scrutin. Ils seraient les premières victimes de leur inconscience en cas de victoire de la candidate de l’extrême droite.

« Aux urnes citoyens ! Formez vos opinions !

Votons, votons, qu’un air pure aère nos maisons ! »