Il incombe à l’UE et au R.-U. de s’accorder sur une politique
mettant l’ « Europe d’abord ! »

Le « Brexit » est devenu une telle obsession en Europe qu’il oblitère littéralement certains des autres défis géopolitiques qui confrontent le monde. C’est à la lumière des conséquences de la marginalisation de l’Union Européenne et du Royaume-Uni, accentuée par le Brexit, que les deux parties doivent réévaluer les intérêts vitaux de leurs populations respectives.

Les propos tenus par le Président Trump à l’Assemblée Générale des Nations-Unies en Septembre, au cours duquel il a défendu la thèse que tout gouvernement qui se respecte se doit de mettre en avant ses intérêts, semblent avoir été parfaitement intégrés dans le discours de clôture de Boris Johnson à la conférence du parti conservateur. Cependant, à y regarder de plus près, une contradiction de fond apparaît entre l’approche protectionniste implicite au slogan « America First » de Donald Trump et une politique ouverte de « libre échange » préconisée par le Premier Ministre.

C’est évidemment une chose que de revendiquer les vertus du « patriotisme » quand on dispose d’une population, de ressources et d’une économie de la taille de celle des Etats-Unis qui, de ce fait, peut imposer à ses interlocuteurs ses demandes en excipant de sa force militaire et de sa puissance financière (le dollar), et une toute autre que d’être dépendant du bon vouloir de ses partenaires commerciaux actuels ou futurs qui défendront âprement leurs propres intérêts.

Si les Pays Membres de l’UE, se complaisant dans la gloire factice de leur « souveraineté nationale», veulent suivre les conseils de Trump, ils doivent se souvenir que la seule façon pour eux d’exercer cette liberté (patriotisme) est de partager leur souveraineté dans certains domaines clés comme les Etats de Californie ou de l’Alabama partagent avec les 48 autres Etats de l’Union une constitution, des Institutions, une armée, une monnaie, une politique étrangère, un système fédéral de justice, etc., tout en conservant des pouvoirs jouissant d’une large autonomie au niveau de l’Etat et local.

Il est donc clair que c’est exclusivement au niveau de l’UE qu’une telle liberté peut s’exprimer dans un monde multipolaire dominé à l’heure actuelle par les Etats-Unis et la Chine. Leurs actions séparées récentes apportent la démonstration que, malgré leur rivalité en matière commerciale qui menace l’économie mondiale, ils partagent un objectif commun d’affaiblir l’UE qu’ils considèrent – à juste titre – comme un rival potentiel.

C’est dans ce contexte que j’appuie sans réserve la proposition de Boris Johnson que les négociations entre l’UE et le R.-U. constituent une opportunité unique pour cette Europe qu’il a si éloquemment assuré aimer passionnément! Ceci implique que les deux parties se focalisent sur ce qu’ils peuvent réaliser ensemble pour offrir au monde une alternative crédible au duopole sino-américain. Cela pourrait aussi nécessiter, comme mentionné dans un précédent article, d’élargir le dialogue à la Russie pour renforcer l’indépendance du bloc européen en approvisionnement en matières premières et en matière de défense. Ce sont là des préalables indispensables pour se dégager de l’emprise actuelle inacceptable du dollar américain qui assure la vassalisation tant de l’UE que la Grande-Bretagne aux lubies d’un Président imprévisible.

Cela implique également de mettre de côté l’agenda concernant la séparation de l’UE et du R.-U., qui est désavantageuse pour les deux parties et qui renforce les prémices d’une désintégration de l’UE avec pour résultat une crise planétaire profonde dont les conséquences ne sont pas quantifiables.

Les jours et semaines qui suivent seront consacrées à l’élaboration d’une série de scénarios concernant la suite du processus du Brexit. En Grande-Bretagne on se focalisera sur les résultats probables de futures élections. Pour l’instant, l’opinion publique semble anticiper une victoire du parti conservateur au cas où un accord de sortie est trouvé d’ici la fin du mois ; il y a aussi des chances que ce résultat se reproduise en cas de sortie sans accord (le scénario le plus probable au moment d’écrire) ; par contre une extension de l’Art. 50 serait vraisemblablement fatale aux espoirs des Tories. Alors que cette situation semble justifier la posture du gouvernement, elle fait totalement l’impasse sur ce qui se passerait ensuite !

En effet, on peut penser qu’une victoire des Conservateurs – une fois le Brexit éliminé des préoccupations immédiates – serait largement due aux promesses de campagnes généreuses dont le Premier Ministre a arrosé son discours à la conférence du parti. En cas d’une sortie sans accord (que je pense il cherche à éviter), il a admis lui-même que cela induirait des ruptures significatives dans l’économie qui sont d’évidence incompatibles avec le financement de son ambitieux programme électoral. Ayant ainsi fait campagne sur le slogan du « peuple contre les élites », son gouvernement serait le premier à trahir la confiance du peuple, tout en ayant la mit en œuvre le Brexit et sa plus que douteuse « légitimité démocratique ». En effet, la nécessité absolue de devoir engager immédiatement le processus de rétablir des relations avec l’UE entrainera rapidement l’acquiescement aux principales clauses du défunt « accord de sortie » (Droits des citoyens, règlement financier…). La négociation d’un Traité de Libre Echange sera une tâche longue et compliquée qui interférera avec les négociations avec des pays tiers qui voudront chacun peser leurs intérêts à conclure un accord préférentiel avec le R.-U. et/ou l’UE.

Pendant que ces évènements se déroulent, la situation de la planète devient chaque jour plus dangereuse, depuis l’initiation d’une procédure de destitution du Président aux Etats-Unis (rendant un Président imprévisible encore plus imprévisible), des tensions accrues au Moyen-Orient, la confrontation larvée entre le Pakistan et l’Inde, les troubles à Hong Kong, et tous les autres points chauds de la planète (Ukraine, Venezuela….), sans oublier les pressions exercées par les flux migratoires et le réchauffement climatique.

Face à ces réalités, et sachant qu’une future crise mondiale aurait des conséquences incalculables affectant des centaines de millions d’êtres humains, il est grand temps que les dirigeants de ce monde réfléchissent à leur responsabilité personnelle d’assurer que notre planète demeure un lieu de paix, accueillant, sécurisé et vivable pour tous ses habitants.