Le Brexit fait un tort considérable à de très nombreux citoyens britanniques et européens dont l’avenir est déjà – ou sera – profondément affecté par la prolongation inutile de l’incertitude déstabilisatrice ambiante. De surcroît, elle rend l’Europe particulièrement vulnérable aux effets des nombreux développements géopolitiques et/ou aux chocs sociaux, économiques ou financiers externes qui nous guettent derrière l’horizon.

Au lieu de se complaire dans l’imagination de scénarios plus ou moins crédibles qui pourraient se réaliser au cours des prochaines semaines, il est temps de se focaliser sur une proposition qui apporte une conclusion définitive à cette malheureuse saga.

Devançant la réunion du Conseil Européen des 17/18 octobre, le Premier Ministre devrait, d’ici la fin de la semaine, envoyer à son Président, Donald Tusk, une lettre demandant formellement une extension au-delà du 31 octobre de de l’appartenance du R.U. à l’UE (dans le cadre de l’Art. 50 du TUE) à condition que le Parlement de Westminster ait voté avant le 30 octobre sa dissolution (dans le cadre de la législation britannique applicable) et en prenant l’engagement irrévocable de fixer la date des élections avant le 30 novembre.

a) Au cas où le Parlement britannique ne voterait pas la dissolution et à défaut de fixer une date pour les élections, le R.-U. quitterait l’UE le 31octobre « sans accord ». Dans l’intervalle, le Parlement peut entériner un accord (vraisemblablement l’accord négocié par Theresa May ?) ou retirer la notification de retrait du 30mars 2017, prévu à l’Art 50. La responsabilité pour une sortie « sans accord » serait alors incontestablement sur les épaules des députés ayant voté contre la dissolution.

b) L’UE prendrait position lors du prochain sommet. Son accord serait soumis aux conditions supplémentaires suivantes :

– L’extension prendrait fin – avec ou sans accord – au plus tard le 31 janvier 2020. Pendant ce temps le R.-U. conserverait l’ensemble de ses privilèges.

– L’UE ne prendra aucune autre demande d’extension en considération.

Il y a de nombreux avantages à un tel scénario :

a) Cela permet au Premier Ministre de respecter la législation anglaise d’application (loi Benn).
b) Cela confirme – ainsi que l’a promis Boris Johnson – que le R.U. quittera l’UE le 31 octobre si des élections parlementaires devant se tenir avant le 30 novembre ne sont pas mandatées irrévocablement avant le 30 octobre.
c) Cette position est cohérente avec la demande du Premier Ministre – rejetée deux fois – de dissoudre l’assemblée et d’aller aux urnes. Si le Parlement le rejetait une troisième fois, il assumerait la responsabilité des conséquences d’une sortie « sans accord » (aucune pour l’UE !).
d) Cela oblige les partis politiques à clarifier leur position sur le Brexit dans leurs programmes.
e) Cela donne le temps de mettre en œuvre « la volonté du peuple » exprimée par le vote en accord avec le résultat du vote.
f) Cela fixe pour tous, britanniques et continentaux, une date certaine pour mettre fin au suspense.

Ce calendrier irréversible et limité dans le temps sera opposé par ceux qui restaient assis entre deux chaises ou qui poursuivaient des agendas cachés, car ils seront forcés de se découvrir !

Le parti travailliste aurait souhaité prendre position seulement après des élections. Une telle posture compromettrait cependant toute chance de gagner l’élection. Mais cela pourrait aussi embarrasser certains députés conservateurs: est-ce que les partisans d’une sortie sans accord seraient prêts à voter la dissolution alors que si elle est refusée ils bénéficieraient dès le 31 octobre du résultat qu’ils appellent de leurs vœux ? En l’occurrence, le Premier Ministre serait amené à imposer le vote de son parti en faveur de la dissolution s’il veut perdre le peu de crédit qui lui reste, en manigançant sous la table une troisième défaite !

Du point de vue de l’UE, au lieu d’accorder une simple extension (comme en mars dernier) la procédure prévoit pour la première (et dernière) fois une méthode claire pour établir le statut du R.-U. De plus, elle offre la justification (les élections) aux Pays Membres pour trouver un compromis préservant l’unanimité nécessaire à la mise en œuvre du schéma.

Ayant envoyé la lettre mandatée par la législation, Boris Johnson pourrait décider en se basant sur des considérations purement politiques et/ou électorales de se rendre ou non au sommet des 17/18 octobre.

Il y a certes des inconvénients pour Boris Johnson de s’engager dans cette voie avant la réunion du Conseil Européen. Il risque que l’UE soit encouragée à rejeter les propositions récentes de modifications à l’accord de sortie, mais celles-ci sont apparemment d’ores et déjà jugées inacceptables. Il devrait aussi choisir quel type de Brexit inclure dans le programme électoral arbitrant entre un Brexit « sans accord » pour contrer un vote pour le parti de Nigel Farage (Brexit party) ou une version plus accommodante pour limiter les défections en faveur du parti Libéral-Démocrate.

Il est plus que temps que les politiciens de tous bords mettent fin à leurs tergiversations cyniques sans fin qui ne font qu’aggraver les maux qui s’abattent sur de nombreux citoyens britanniques et continentaux affectés directement ou indirectement par l’issue finale ; de surcroît, il prive le reste de la population de l’espoir de voir une attention portée à leurs priorités légitimes de la part de l’UE et de leurs 28 gouvernements nationaux respectifs.