Faut-il attendre une nouvelle provocation de Putin pour accélérer l’intégration de le l’UE ?

La situation géopolitique mondiale en général et la guerre en Ukraine en particulier, sont-elles sources de dangers existentiels pour l’avenir de la planète? La réponse est sans le moindre doute affirmatif ; encore convient-il de définir ces risques et d’analyser les moyens disponibles pour les affronter.

Sur le plan de la dangerosité, un Armageddon nucléaire est clairement le risque principal (mais non la plus probable) car elle entraîne la possibilité de la disparition de toute vie humaine sur notre planète. Cela conduit à un double constat : d’une part, que le recours à l’arme nucléaire est hautement improbable mais que, de l’autre, il est pratiquement impossible d’en éliminer la possibilité puisqu’elle serait le résultat d’un comportement totalement irrationnel, par définition incontrôlable. Cela ne doit aucunement restreindre des initiatives de limitation, destruction et contrôles des arsenaux qui sont de nature à renforcer (sans éliminer) l’improbabilité de leurs utilisations et, en même temps, à libérer des ressources à des fins plus productives comme la lutte contre le réchauffement climatique. De surcroît, il est impératif de prendre préventivement toutes les mesures nécessaires pour interdire que l’arme nucléaire ne tombe aux mains d’intérêts privés, comme cela se produit dans la conquête de l’espace (Space X) ou a été l’objet de films fiction (James Bond).

Il convient donc d’accepter que l’homme doive vivre avec ce risque et qu’il se doit d’organiser la société en conséquence. Dès lors, cela exclu de céder à la peur qu’une menace d’utilisation de l’arme nucléaire est susceptible d’engendrer et de se soumettre à un agresseur qui ne disposerait pas de moyens alternatifs nécessaires pour imposer sa volonté.  Cette situation décrit assez bien l’état du conflit ukrainien au moment d’écrire : ni l’Ukraine, ni les pays de l’OTAN/UE ne doivent envisager des concessions dans le seul but d’éviter une guerre nucléaire. En effet, alors que l’issue de la confrontation sur le terrain demeure indécise, il est clair que la Russie qui a subi des pertes significatives, n’a pas les ressources humaines et matérielles (autres que nucléaires) pour constituer une menace « militaire » crédible à l’égard de pays tiers.  

Il est de la responsabilité des gouvernements et des partis politiques d’informer leurs opinions publiques respectives de la situation ; ils doivent s’interdire toute instrumentalisation de la peur viscérale – mais inappropriée – d’une guerre nucléaire pour favoriser la poursuite de leurs propres agendas politiques qu’ils soient économiques, sociaux ou simplement idéologiques.

Dans la liste des risques auxquels l’humanité est soumise et sur lesquels elle n’a qu’une prise limitée, il faut citer prioritairement celui du « réchauffement climatique » qui, à terme, risque de rendre notre planète tout aussi inhabitable qu’une apocalypse nucléaire. Ce risque, qui a été identifié  depuis plusieurs décennies, met en jeu des forces dont l’homme peut au mieux tenter d’en atténuer les effets, sans pour autant pouvoir espérer les contrôler. Ce défi mondial, dont l’urgence est très largement reconnue, fait l’objet d’efforts globalisés (COP) mais très inégalement répartis ; ils entrent constamment en conflit avec d’autres intérêts/priorités qui, à cause de leurs existences avérées de longue durée, prennent le pas sur des phénomènes climatiques dont la survenance apparemment aléatoire et leurs impacts souvent circonscrits, ralentissent la mise en œuvre d’une réponse coordonnée à hauteur de l’enjeu.

Ici encore, le rôle crucial des gouvernants et des politiques est d’insister sur la solidarité planétaire indispensable plutôt que sur la protection d’avantages comparatifs des acteurs liés à la géographie, à la richesse, à la démographie, etc., dont l’exacerbation ne fera que différer localement ses effets tout en accélérant et accentuant ses conséquences au niveau mondial.

Un troisième type de risque, hybride, est exemplifié par la récente pandémie de la Covid 19 qui, malgré son apparition imprévisible, s’est néanmoins montrée susceptible d’être maîtrisée par le génie humain. La démonstration en a été apportée par la mise au point en un temps record de vaccins performants, issus d’une coopération scientifique internationale, et accompagnée du développement de politiques sanitaires, économiques et sociales adaptées qui ont permis d’en atténuer les conséquences ; cependant, des considérations d’ordre essentiellement politique, en Chine ou en Corée du Nord par exemple,  maintiennent une incertitude sur la capacité de contrôler définitivement les conséquences non seulement sanitaires mais également économiques du fléau.

Ce dernier exemple illustre aussi le fait qu’avec chaque progrès, comme l’accroissement spectaculaire des richesses engendré par la mondialisation (ce qui a permis une réduction significative de la pauvreté en % de la population mondiale), se multiplient simultanément de nouveaux risques tels que ceux provoqués par la mobilité accrue des personnes et des marchandises et de la vitesse de la transmission des fléaux qu’elle peut véhiculer.

Le quatrième type de risque, enfin, est constitué par ceux qui dépendent de manière prépondérante de l’activité et de décisions humaines, que ce soient à des niveaux individuels ou collectifs. Parmi ceux-ci on peut citer le risque géopolitique, le risque économique et financier, le risque technologique, le risque social, etc. Ces risques sont souvent interdépendants et doivent être considérés comme faisant partie d’un tout complexe dont l’étendue des conséquences impliquera à des degrés divers, l’ensemble de la population mondiale. L’exigence d’une répartition équitable du fardeau est la condition nécessaire à leur appréhension, que ce soit au niveau local, nationale, continental ou mondial. Il faut cependant craindre que trop souvent, seule la peur engendre une réaction capable d’apporter des solutions à la hauteur des enjeux. Leur mise en place s’oppose aux égoïsmes profondément enracinés et aux intérêts partisans dont les ravages destructeurs risquent d’avoir causé dans l’intervalle des dommages irréversibles.

Nous avons montré ci-dessus que les pays de l’UE/OTAN ne courent en ce moment aucun risque significatif d’agression militaire conventionnelle, notamment de la part de la Russie. Cela n’empêche nullement celle-ci de poursuivre ses objectifs géostratégiques par d’autres moyens, ciblant prioritairement la déstabilisation de la cohésion de l’Occident et visant en particulier le démembrement de l’UE. Ses outils prennent de multiples formes telles que : l’exploitation des dépendances excessives de certains pays sur ses livraisons de matières premières ; un soutien à des partis politiques ou mouvements eurosceptiques ou nationalistes ; la déstabilisation des opinons publiques par l’utilisation abusive des réseaux sociaux ou la dissémination de fausses informations ou encore, en favorisant l’usage de règles de gouvernance (unanimité) pour bloquer le fonctionnement des institutions (ONU/UE).

La  Russie fera tout en son pouvoir pour exploiter toutes les dissensions entre Pays Membres et provoquer des blocages qui détruirait l’Union. Leur réussite serait un coup fatal porté à la cohésion du monde occidental laquelle devient, dès lors, la condition sine qua non de sa survie ; en effet, – si l’occident jouit encore d’une supériorité matérielle incontestée – son autorité morale et politique est déjà remise en cause par des pays représentant une majorité de la population du globe.

Pour l’Europe, la gestion de ce risque global se traduit par l’impératif incontournable de poursuivre et d’approfondir son intégration comme base d’un partenariat équilibré avec les Etats-Unis pour la défense de nos intérêts vitaux communs. Seule une UE qui exerce une souveraineté collective au nom de ses Membres sur le plan de sa sécurité, de sa politique étrangère, de sa monnaie, etc., peut prétendre à l’autonomie et à protéger sa population d’une érosion progressive de sa liberté et de la jouissance des valeurs et d’un niveau de vie correspondant à ses aspirations. 

Les urgences successives qui se sont succédées depuis la crise financière de 2008, ont débouché sur des excès dont le cumul a conduit à des distorsions (marchés financiers) et des aberrations (explosions des inégalités) devenues insoutenables. Résultant de politiques bien intentionnées difficilement critiquables, comme celles mises en œuvre par les gouvernements ou les Banques Centrales pour gérer les conséquences des déficits budgétaires excessifs, de la pandémie, des menaces de récession, de la confrontation en Ukraine, etc., sa plus récente itération est la prise de mesures destinées à protéger le pouvoir d’achat devant la résurgence de l’inflation combinée à la hausse des taux d’intérêt et du risque de « stagflation ». Cette fuite en avant ne peut que finir dans les larmes !

Conclusion

De même que Vladimir Poutine a réinsufflé involontairement une nouvelle dynamique à l’OTAN, considéré par certains comme en état de mort cérébrale, peut-être faut-il espérer de même que la peur de l’influence subversive que la Russie  est encore capable de susciter, devienne le moteur d’une accélération comparable de l’intégration européenne. C’est très vraisemblablement la crainte – sinon la panique – créée par les conséquences d’une désintégration de l’€ (et donc de l’UE) qui, comme le sursaut contre Le Pen lors de la présidentielle de 2017, agira comme catalyseur dans l’opinion publique pour parachever l’architecture de l’€. Dans la foulée, cela permettra les réformes institutionnelles indispensables et de restaurer la stabilité sur le continent européen, durement ébranlée par le conflit ukrainien.

Il est regrettable qu’il faudra alors – après le sauvetage de l’OTAN – une nouvelle fois remercier Poutine pour avoir mis l’UE sur le chemin de la raison et contribué de manière décisive à offrir des perspectives de paix et de prospérité à sa population !