Comme un iceberg, la guerre en Ukraine n’est que la pointe émergée d’un conflit  aux enjeux planétaires.

Alors que l’opinion publique s’enflamme autour des questions relatives à l’utilisation de l’arme nucléaire (élargies pour inclure le nucléaire civil), à la pénurie énergétique, au réchauffement climatique, à un système financier mondial fragilisé par un endettement excessif, aux entraves aux circuits d’approvisionnements ou encore à une inflation débridée, les responsables politiques se montrent incapables de faire une synthèse et de proposer une hiérarchie cohérente dans la résolution de problèmes dont les tenants et aboutissants sont intimement liés. Or, cette liste, incomplète, démontre qu’il n’y a pas un seul habitant de notre planète qui ne sera pas affecté par les choix qui seront fait pour affronter ces défis.

Les péripéties de la guerre en Ukraine ont créé une situation où l’usage de l’arme nucléaire – maîtrisée depuis 1945 par la dissuasion réciproque – ne peut plus être exclu, créant un danger existentiel pour l’humanité. Dès lors, il est vain de perdre son temps dans l’élaboration de scénarii basés sur des supputations sur lesquelles les acteurs n’ont aucune prise et dont l’objectif est de rassurer, sans le moindre fondement, une population déboussolée.

Cet ordre mondial qui a présidé, depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, à une période d’accumulation de richesses sans précédent, de progrès scientifiques accélérés et d’une expansion démographique galopante, a changé la relation de l’homme avec la Nature: d’un acteur relativement passif, il a acquis progressivement les connaissances et les capacités nécessaires pour influencer significativement celle-ci.

Malheureusement, la maîtrise de ces instruments de pouvoir a été très inégalement distribuée. Cela débouche sur une confrontation entre deux systèmes de valeurs incarnés schématiquement d’un côté par la démocratie et de l’autre par l’autocratie. Pour la majorité des pays non-alignés, cela implique de subir une forme de domination, qu’elle soit interne ou externe, laquelle s’appuie largement sur la détestation de l’Occident issue de la colonisation. De surcroît, le pouvoir au sein de chaque camp est dominé par les deux superpuissances économiques et nucléaires (Etats-Unis – Chine) auxquelles s’agrègent les pays dotés de l’arme nucléaire (Russie, Grande-Bretagne, France, Pakistan, Inde, Israël ou Corée de Nord), capables d’exercer indépendamment un chantage existentiel pour agresser ou repousser un adversaire.

On peut se dire qu’il y a  consensus sur le fait que la survie de l’humanité est préférable à son anéantissement. Néanmoins ce constat n’est pas suffisant pour garantir le non usage de l’arme nucléaire (ou la sanctuarisation des installations nucléaires civiles) vu les menaces proférées récemment par Vladimir Putin. On pourrait considérer que les difficultés qu’il rencontre sur le terrain militaire pourraient l’encourager à la mettre sa menace à exécution. Ceci semble d’autant plus crédible que l’usage de ces armes est prévue explicitement dans la doctrine militaire russe et que l’efficacité/sécurité des protocoles d’activation, demeurent inconnus.

De surcroît, la conduite de la guerre par Putin, qu’il s’agisse de violations explicites des conventions internationales dans le ciblage de la population ou des infrastructures civiles, du traitement des prisonniers ou des exactions contre les populations, de la déportation d’enfants et de civils, etc., se poursuit largement sous la couverture de son parapluie nucléaire, protection ultime de son impunité. Dans ces circonstances il n’est plus acceptable pour la communauté internationale, quelles que  soient les conséquences d’une condamnation explicite et unanime, de tolérer les menaces que Putin exerce sur l’Ukraine et plus largement sur le monde.

C’est pourquoi, dans un premier temps les Etats-Unis, l’Union Européenne et leurs partenaires doivent poursuivre leur soutien inconditionnel à l’effort de guerre ukrainien, comme l’a si bien souligné Ursula von der Leyen dans son discours sur l’Etat de l’Union. Il n’est pas acceptable d’opposer aux souffrances qu’endure le peuple ukrainien, notre petit confort douillet à moins qu’il ne s’agisse pour ses promoteurs d’un leurre pour dissimuler un soutien ou au moins une sympathie pour le régime autocratique de Putin. Si la guerre joue un rôle certain dans les problèmes qui nous confrontent, ce n’est pas une excuse pour différer les transferts de souverainetés nécessaires à l’intégration toujours plus profonde de l’Union Européenne ; c’est seule réponse valable à la préservation de la sécurité militaire (avec l’OTAN) et des approvisionnements des Etats Membres, à la possibilité de réunir les moyens requis pour financer leur développement économique et leur protection sociale et – surtout –au maintien des libertés de leurs citoyens.

Ensuite, si le conflit ukrainien a révélé la menace existentielle qui pèse sur la planète, la résolution du conflit ne refermera pas la boîte de Pandore qui a fait émerger ce nouvel  environnement géopolitique. Il rend prioritaire le contrôle de l’arme nucléaire (qu’il n’est pas possible de dés-inventer) probablement par l’extension du mandat de l’AIEA pour y inclure le contrôle d’armements désormais indissociable de son activité existante ; ensuite il convient d’étendre au niveau mondial des mesures d’encadrement du climat (déjà engagées), du contrôle du monde cybernétique et numérique, des règles du marché économique et financier, de l’établissement d’un régime efficace de sanctions,  etc. L’ensemble nécessite de façon urgente la refonte du système de gouvernance mondial (ONU) avec pour objectif central la poursuite d’un monde où règne plus de justice, d’équité et de sécurité.

Il revient au camp des démocraties de piloter les évolutions nécessaires, ce qui leur imposera des adaptations profondes. C’est seulement à ce prix que l’Occident, confronté à la haine de ses opposants avides de prendre le pouvoir, pourra créer pour le plus grand nombre des perspectives d’une vie digne et valorisante.