Les leçons tirées de la pandémie offrent une fenêtre pour faire avancer   l’intégration européenne.

La lassitude, les privations, les angoisses de toute nature, les inconnues concernant la pandémie, les incertitudes économiques minent de plus en plus le moral des populations, rendant la tâche de gouverner de plus en plus complexe.

Les médias, que ce soient les plateaux de télévision, la presse écrite ou les réseaux sociaux, étalent au grand jour les dysfonctionnements, les contradictions, les incohérences étayés par des avis de « spécialistes » (ou d’intervenants incompétents) qui s’écharpent publiquement et rendent la compréhension des décisions prises par les politiques particulièrement difficile.

Dans ce contexte, il faut noter le manque de consensus sur l’importance à accorder aux priorités, qu’elles soient sanitaires, économiques, sociales, ou portant sur le respect des droits et libertés, toutes étant inévitablement lourdement influencées par les conséquences « politiques » des choix retenus.

Au fur et à mesure qu’une « sortie » de la pandémie se profile, une attention accrue est portée aux mesures nécessaires à un retour à une vie « normale », même s’il est généralement admis que la pandémie aura des effets irréversibles. Cela concerne, en particulier, le rétablissement de l’exercice de certains « droits », dont les citoyens estiment avoir été privés ; la contestation se déploie, entre autres, sur les questions liées à la mobilité et aux formalités qui s’y rapportent ainsi qu’à l’imposition d’une corrélation entre la vaccination et l’accès à certaines activités.

Cependant, au sein de l’Union Européenne, le plus intéressant sont les questions institutionnelles soulevées par la gestion pratique de la pandémie ; elles ont fait apparaître au grand jour des faiblesses importantes dans les structures décisionnelles, dans le fonctionnement des pouvoirs exécutifs, législatifs et administratifs, ainsi que sur les conséquences portant sur des décennies de négligences telles que le sous-investissement dans l’hôpital et la santé, dans l’infrastructure et la production industrielles, dans l’éducation etc.

Considérant les efforts qu’il convient de faire pour financer la relance tout en amortissant les conséquences sociales d’une récession d’ampleur historique, il est évident que le défi du financement budgétaire, qui se présente de manière plus ou moins aigue à chaque Pays Membre, ne pourra simultanément dégager les ressources nécessaires pour faire face aux besoins immédiats et à la correction des défaillances constatées ci-dessus (en plus de celles déjà répertoriées avant la crise concernant la défense, la justice, le vieillissement, l’environnement, la digitalisation, etc.).

Ce simple constat de bon sens implique de compléter les perspectives concernant la maîtrise ou l’atténuation significative de la pandémie à court terme, avec une réforme institutionnelle en profondeur de l’UE à long terme, offrant aux citoyens une vision de progrès, de prospérité et de sécurité à laquelle ils aspirent. On apportera ainsi une contradiction raisonnée aux prophètes d’austérité et de malheurs véhiculés par ceux qui font miroiter des solutions populistes ou totalement utopistes (annulation des dettes).

L’UE ne part pas sans atouts : au-delà de l’ « acquis communautaire » accumulé depuis 63 ans, le récent Plan de Relance mobilisant quelques €1,8 milliards sur 7 ans, augmenté d’un montant équivalent d’interventions de la BCE en soutien au  marché des dettes souveraines, constituent des avancées majeures dans l’appréhension de la sortie de crise.

De même, le rôle central assumé par la Commission dans la fourniture de vaccins aux 27 Pays Membres (malgré des critiques très largement injustifiées), a démontré sa valeur ajoutée. De surcroît, les impulsions qu’elle a données pour harmoniser les mesures prises par les PM dans leur gestion de la pandémie de façon à maintenir ou restaurer le fonctionnement du Marché Unique et l’exercice des quatre libertés fondamentales de mouvement des personnes, marchandises, services et capitaux, ont fait prendre conscience à la population, notamment à la jeunesse, des bienfaits dont ils jouissaient et dont la privation a été un rappel salutaire du prix à accorder aux « Libertés » qui semblaient aller de soi.

Cette soudaine réalisation du rôle déterminant que joue l’UE dans la capacité de réglementer la vie en société en accord avec les aspirations profondes de sa population (stabilité de la monnaie – liberté de mouvement – sécurité) est vraisemblablement la cause, du ralliement – au moins apparent – de Mr Salvini au gouvernement de Mario Draghi et de Madame Le Pen à l’utilité de l’UE et de l’€. Cet alignement inhabituel doit être saisi à pleines mains pour amorcer un mouvement d’intégration définitive de l’UE, seule capable de mobiliser les ressources humaines et financières nécessaires à la défense des intérêts économiques et sécuritaires ainsi que des valeurs civilisationnelles de sa population.

Repousser les décisions jusqu’à la fin de l’urgence sanitaire risque d’encourager l’électorat de voter à la première occasion « contre » les pouvoirs en place, jugés responsables des conséquences de la Covid, au lieu de « pour » les promoteurs d’une vision constructive de l’avenir. Ce serait, en effet, l’occasion rêvée pour les partis extrémistes de mettre en avant leurs propositions alternatives dangereuses, profitant de ce que leurs programmes paraîtraient moins liberticides à la lumière des contraintes imposées par la récente urgence sanitaire et qui ont été, en règle générale, acceptées par la population.

C’est donc dès maintenant qu’il convient de relancer et accélérer le chantier de l’intégration européenne, profitant des mesures concrètes des réouvertures des frontières qui doivent restaurer non seulement la mobilité sans restrictions au sein de l’Union mais également les conditions de son ouverture au reste du monde pour que les échanges commerciaux, le tourisme, l’investissement, la culture, etc. puissent se développer à nouveau.

Cette nécessité d’agir au niveau européen doit aussi viser à rétablir son indépendance industrielle, sanitaire et de recherche qui est inenvisageable au niveau des PM individuels tant du point de vue des capacités humaines que financières. Par contre, la capacité de financement d’une « Europe fédérale » demeure encore largement sous-exploitée. En parallèle, la capacité de jouer un rôle primordiale sur l’échiquier géopolitique protégera l’Union d’une vassalisation vis-à-vis des Etats-Unis (et du $) ou de la Chine.

En conclusion, les restrictions prolongées auxquelles la population de l’Union a été soumise pendant la pandémie a mis en évidence de façon particulièrement lumineuse,  la nécessité absolue de protéger notre liberté et notre bien-être en mettant nos ressources et notre souveraineté en commun. Ainsi nous serons capables de léguer aux générations futures un monde meilleur, objectif que devrait partager tout citoyen qui se respecte !