Au moment d’écrire ces lignes ce 25 février, nous en savons déjà beaucoup sur le Covid19 et en même temps, beaucoup d’incertitudes demeurent. Se limitant aux sources officielles et aux avis scientifiques autorisés, nous avons appris que le virus s’attaque principalement aux personnes adultes ; qu’il s’avère fatal principalement pour des personnes âgées et/ou atteints d’autres pathologies (fumeurs, cancers, diabétiques, hypertension…) et sinon qu’il présente moins de dangers que les épidémies annuelles de grippe, soit un taux de fatalités très bas.

Parmi les principales inconnues demeurent, entre autres, la saisonnalité du virus (disparaîtra-t-il au printemps ?), la mise au point d’un vaccin (10 à 18 mois ?), ou la durée exacte de l’incubation et de la période de contagion (de 14 à 27 jours ?). Fondamentale est la fiabilité des informations reçues notamment de la Chine qui – certainement incomplètes au début de l’épidémie – restent sujet à caution concernant la stabilisation voire la régression de la maladie et dont la véracité conditionne la prévisibilité de son évolution.

Dans l’ensemble, les autorités gouvernementales et sanitaires semblent appliquer une politique saine du « principe de précaution », axée principalement sur l’information, la prévention et la préparation au cas où l’épidémie prendrait de l’ampleur, en veillant surtout à éviter toute panique dont les effets ne seraient que d’amplifier les conséquences secondaires de l’épidémie qui, comme nous l’expliquons ci-dessous, pourraient s’avérer beaucoup plus dramatiques que le problème sanitaire d’origine.

Les effets secondaires de la crise se manifestent chaque jour avec plus de force. Ils affectent en particulier l’économie au travers :
a) des perspectives de croissance qui se trouvent rabotées dans un contexte déjà incertain, laissant entrevoir la possibilité d’une récession ;
b) des marchés financiers avec une chute des bourses et une fuite vers la sûreté des obligations d’Etat ;
c) une chute des cours des matières premières où – à contrario – la hausse de l’or confirme la tendance.

Mais ses conséquences s’étendent aussi à la liberté de circulation :
a) des personnes dans des zones géographiques encore limités mais susceptibles de s’étendre ainsi que suite aux recommandations limitant les déplacements et le tourisme.
b) des marchandises, notamment celles originaires de Chine mais aussi du Nord de l’Italie dont la pénurie peut fragiliser les chaines de production et le commerce qui en dépendent.

Quels enseignements en tirer pour l’Union Européenne ?

Constatons d’abord qu’avec ses 70 ans, l’UE fait partie de la « population à risque » d’autant plus qu’elle souffre de pathologies telles l’immobilisme engendré par le virus potentiellement mortel de la « souveraineté nationale », la remise en question de ses valeurs démocratiques, les remous sociaux encouragés par la perception de l’accroissement des inégalités et des injustices, sans oublier qu’elle a subi récemment une amputation significative et que les blessures du corps et du membre amputé (capable parait-il d’auto-régénération), n’ont pas encore entamé leur cicatrisation.

Dans ce contexte, où l’UE se trouve très fragilisée, on peut déjà constater comment certains partis extrémistes se sont emparés du Covid19 pour y trouver des arguments pour étayer leurs programmes nationaux-populistes, réclamant, par exemple, la fermeture (inefficace) des frontières (alors qu’un « contrôle sanitaire » deviendra éventuellement approprié si l’épidémie se répand) dont l’objectif réel est de s’opposer à l’immigration.

Un second thème qui se répand comme de la poudre est la remise en question de la mondialisation, controverse qui apparaît naturellement dans la foulée des pénuries liées au covid19 qui se profilent et qui démontrent la dépendance (excessive ?) de nos économies sur les flux d’approvisionnements internationaux. Ce phénomène doit certainement être l’objet d’une réévaluation approfondie car il est impensable de ne pas s’adresser aux vulnérabilités criantes mises en évidence par le coronavirus. C’est aussi l’occasion de mettre en cause l’interdépendance excessive des marchés financiers ou du moins de leur gouvernance, qui sont vulnérables aux excès de participants qui soit échappent à une réglementation efficace, soit exercent une domination dictatoriale au travers de leur monnaie nationale.

De surcroît, le covid19 pourrait se révéler la mèche (imprévue) qui provoque la prochaine crise financière. La rapidité de réaction des Banques Centrales, qui se veulent rassurantes en préparant de nouvelles mesures d’assouplissement en cas de besoin, ne fait qu’augmenter la vulnérabilité du système financier dont un rééquilibrage à terme devient de plus en plus problématique sans passer par la case « crise ».

La réponse à ces défis ne pourra être un retour en arrière, faisant l’impasse sur tous les progrès engendrés par la technologie qui sont par principe neutres et irréversibles, mais qui ont apporté dans leur sillage de nouvelles fragilités que ce soit les abus potentiels des réseaux sociaux, les dangers d’une cyber-vulnérabilité, la contagion de maladies ou de chocs économiques etc. Bien au contraire, l’interdépendance incontestable dans le domaine du climat démontre qu’une nouvelle forme de gouvernance doit être élaborée pour maîtriser la mondialisation si l’on veut éviter les conflits et, à terme, la destruction programmée de la planète. Cet objectif, qui couvre l’ensemble des domaines affectés par la globalisation, ne peut être atteint que progressivement.

Dans l’intervalle, l’approfondissement de l’Union Européenne constitue un pas incontournable dans cette direction. Il est donc crucial – à l’occasion du Covad19 – de mobiliser l’opinion publique contre le discours populiste destructeur et d’en faire la raison même de l’accélération du processus de réforme de l’UE.

Sans ce sursaut, le coronavirus risque de faire 450 millions de victimes qui seront obligées de faire face à une crise mondiale d’une ampleur jamais égalée.