Les prétextes mis en avant pour exiger des négociations manquent souvent d’honnêteté voir même de la décence la plus élémentaire.

La question de savoir s’il convient d’envisager, d’entamer ou même d’imposer des négociations pour arrêter la guerre en Ukraine se décline en mille versions, que ce soit par les acteurs responsables engagés directement ou indirectement dans le conflit, par les politiciens qui prétendent défendre les intérêts de leurs électeurs ou par les spécialistes militaires, économiques, industriels, politologues ou psychologues qui nous abreuvent de leur science.

Si toute personne raisonnable est en faveur de la paix, si personne ne doute qu’in fine un accord négocié ou imposé mettra fin aux hostilités, la teneur des arguments avancés cache mal – avec de notables exceptions – les intérêts, les partis-pris ou les préjudices, la mauvaise foi et parfois l’ignorance de ceux qui les expriment.

Ainsi, si, sans surprise, une large majorité s’accorde sur la nécessité de négociations, elle les juge en général prématurées. Les positions exprimées par les représentants officiels des belligérants ne permettent, en effet, pas d’entrevoir une issue qui serait basée soit sur un rapport de forces (solution imposée), soit sur des compromis acceptables (solution négociée).

On ne peut cependant renvoyer les parties dos à dos quant à la responsabilité de cette impasse : en effet, la Russie, pays agresseur, insiste sur l’équivalent d’une capitulation de l’Ukraine qui entérinerait une amputation de son territoire, rendant aléatoire la prétendue disponibilité russe à la « négociation ». Par contre, l’Ukraine, a, en réponse directe aux sollicitations de Washington, rendu publiques les conditions préalables à toute discussion ; outre le retrait des troupes russes de son territoire, elle exige que soient abordée une série de points dont, entre autres, les réparations des dommages subis, le traitement judiciaire des crimes de guerre et contre l’humanité, le sort des déportés, etc., ainsi que des garanties de sécurité protégeant l’intégrité de son territoire dans le futur ; quoique ces préalables (et non nécessairement leurs solutions) soient  « raisonnables » aujourd’hui, Poutine n’est pas prêt à s’engager dans un tel processus.

C’est pourquoi, une série de prises de positions explicites ou implicites exprimées par des tiers cherchant un compromis, se rangent dans la catégorie d’utopies ou de manque total d’humanité et doivent être rejetées, non seulement avec la plus grande fermeté mais, de surcroît, condamnées sans appel. C’est, au contraire, une campagne de toutes les autorités en faveur du soutien indéfectible aux ukrainiens qui devrait être au centre des préoccupations. Ce positionnement combine les intérêts bien compris de chaque citoyen aspirant à une vie libre dans un environnement démocratique et prospère (que le peuple ukrainien défend aujourd’hui pour notre compte) ainsi que le devoir moral incontestable de veiller à la libération de populations  qu’il serait indigne d’abandonner aux exactions dont l’horreur a été révélée lors de la reconquête de chaque territoire temporairement passé sous contrôle de l’occupant russe

Ainsi ceux qui insinuent que l’opinion publique occidentale se lasserait du conflit, estimerait son coût excessif ou encore que les sacrifices que la guerre impose sont injustifiés, ceux-là prennent des postures qui cachent mal l’exploitation à leur profit des évènements, rendant tour à tour la guerre responsable de l’inflation, de l’endettement excessif, de la crise énergétique, d’une éventuelle récession, etc., quand ce n’est pas l’Union Européenne ou l’Occident qui en seraient la cause originelle.

Il en va de même pour ceux qui excipent du danger d’un comportement potentiellement irrationnel de Poutine pour justifier la « prudence » ! Or, la première soumission à un chantage nucléaire, quel qu’en soit l’auteur, détruirait l’échafaudage de la « dissuasion » patiemment construit depuis 1945 et  ouvrirait la voie à une course à la prolifération. Cela augmenterait significativement l’instabilité du globe. Il est de loin préférable de tabler sur les intérêts partagés avec la Chine, exprimés à Bali, d’éviter tout usage de l’arme atomique plutôt que de céder, anticipativement, par peur aux menaces du maître du Kremlin.

Enfin, il faut comprendre que laisser un gain territorial à Poutine serait l’encouragement qui pousserait Xi à risquer la réunification de Taiwan par la force, alors que s’y opposer est de nature à l’en dissuader.

Conclusion

Quelle que soit la nature des arguments avancés pour encourager un compromis, il est impératif, pour l’avenir du monde, de soutenir sans faille l’Ukraine dans son conflit avec la Russie et de la rétablir dans son intégrité territoriale.

Alors que dans les pays occidentaux les sondages indiquent déjà un soutien très majoritaire de la population en ce sens, une campagne d’information structurée et massive serait de nature à mobiliser l’opinion publique autour d’une cause capable de rassembler et d’enthousiasmer les citoyens. C’est là la leçon que nous donnent journellement les ukrainiens dont le moral se renforce à mesure qu’ils sont confrontés aux deuils, mutilations, bombardements, privations, et souffrances engendrés par la guerre. 

Les pays du sud et en voie de développement doivent être persuadés, à leur tour, que le soutien à leur développement, aux défis du réchauffement climatique, à la pénurie alimentaire, etc., ne pourra jamais trouver une réponse dans la construction d’un monde autocratique basé sur  les intérêts individuels des Etats-Nations. Seule la solidarité et le multilatéralisme, garantissant une répartition plus juste des ressources, peuvent déboucher à terme sur un monde aspirant à vivre en paix et dans la liberté. Il suffit d’observer la réalité russe pour savoir que ce n’est pas le régime tsariste, soviétique ou poutinien qui sera capable de répondre à leurs aspirations légitimes.

L’information objective et non manipulée, suivie d’actions concrètes cohérentes est préférable à la promotion de chimères qui ne font que reporter la confrontation rendue dès lors inévitable. Cela semble être la meilleure voie pour persuader l’opinion publique de la valeur et de la nécessité des sacrifices que chacun d’entre nous serait  éventuellement amené à endurer.