Un vieux rêve qui n’est pas de ce monde !

Un « ordre nouveau » est l’objet de croyances religieuses, de débats philosophiques ou de manifestes politiques depuis que l’homme essaye de donner un sens au monde qui l’entoure. Alors qu’avec l’éclosion du « Siècle des  Lumières » et les « progrès » apparemment illimités de la science, l’Occident a pucroire un moment que des réponses rationnelles seraient apportées à toutes ses interrogations, force est de constater que la somme des mystères à résoudre, croît en proportion de nos nouvelles découvertes et connaissances.

Si la grande majorité du genre humain a, depuis l’aube de la civilisation, projeté dans un « autre monde », aussi bien ses craintes devant les forces de la nature et les faiblesses de la nature humaine, que la concrétisation définitive de ses idéaux de justice, de liberté, de fraternité, etc., d’autres ont cherché à exploiter ces croyances pour accaparer à leur profit le pouvoir ici sur terre.

Ainsi, les Présidents Putin et Xi annoncent haut et fort vouloir doter le globe d’un nouvel « ordre mondial » destiné à remplacer celui dominé par l’Occident en général depuis cinq siècles et par les Etats-Unis en particulier depuis la deuxième guerre mondiale.

Il faut écouter avec attention ces expressions de la volonté de renverser la table, car comme tant d’autocrates avant eux, ils y a toutes les chances qu’ils tentent de mettre en pratique ce qu’ils prêchent. Ils sèment leurs idéologies sur un terreau fertile qui s’appuient principalement sur la détestation de l’Occident, héritage de la période coloniale et exacerbée par l’explosion croissante des inégalités tant au sein qu’entre communautés nationales. Ce mouvement rassemble un large front commun « contre » une réalité devenue effectivement insoutenable et insupportable ; il ne propose, cependant, absolument rien d’envisageable concrètement qui fasse consensus pour y remédier.

Bien au contraire, un examen des propositions de ces régimes et de leurs adeptes actifs et passifs, démontre qu’elles sont encore moins susceptibles d’apporter une réponse constructive aux défis qui se multiplient. S’il est évident que l’Occident doit assumer une grande part de la responsabilité des problèmes qui confrontent l’humanité, c’est précisément parce qu’il en a été une des causes principales qu’il est aussi le mieux armé pour proposer et mettre en œuvre les solutions qu’il devra non seulement initier et financer, mais auxquelles il devra également se soumettre.

La mondialisation des communications, des informations et du savoir, phénomène irréversible, impose un traitement collectif de certains de ces défis, qu’ils relèvent de constats scientifiques (climat, pollution, pandémies, famines, etc.), économiques (démographie, répartition des richesses et des ressources) ou d’autres de considérations telles qu’éthiques (inégalités, justice sociale, pouvoirs, libertés, etc.) Cette exigence incontournable pour la survie de l’humanité correspond clairement aux intérêts bien compris  de l’ensemble de la population mondiale.

Elle disqualifie d’emblée les prétentions véhiculées par les régimes autoritaires d’introduire leur vision d’un ordre nouveau basée sur l’apparence du « chacun chez soi ». En effet ces régimes concentrent et maintiennent leur exercice du pouvoir sur leurs propres populations entre les mains d’une minorité dirigeante et visent à étendre leur influence à l’étranger en y soutenant des régimes de même nature

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Alors que l’évidence démontre qu’une destruction mutuelle assurée (MAD) nous guette, la concomitance des nombreuses crises qui se déploient sous nos yeux rend difficile la foi en une résolution pacifique des conflits actuels. Ces crises, dont les tenants et aboutissements sont intimement intriqués, explicitent des conflits qui mettent en cause des « intérêts » jugés – ou déclarés – vitaux par les parties prenantes, justifiant d’avance des comportements qui ne peuvent que conduire à l’Apocalypse.

Dans l’évitement de ce scénario catastrophe, où céder au chantage ne ferait qu’aggraver la situation,  l’Occident à une responsabilité particulière et un rôle central à jouer. Des changements radicaux dans la manière d’aborder les défis doivent émerger. Par exemple, le partage et ensuite la transmission accélérée du pouvoir et des richesses accumulées aux nouvelles générations pour mieux répartir et élargir leur distribution tout en se débarrassant de la sclérose de ceux qui aujourd’hui les monopolisent et s’y accrochent. Seule la jeunesse a le pouvoir, l’énergie, la vision et la générosité permettant un véritable renouveau dans la manière de concevoir les rapports entre les hommes, de développer une solidarité durable et de préserver cet écrin fragile qu’est notre planète où chacun doit pouvoir trouver sa place.

Si les croyants, dont je suis, ont la certitude de trouver ce monde nouveau « à la fin des temps », rien ne doit entraver les efforts d’y aspirer ici-bas et de rendre plus respirable une atmosphère qui lentement nous étouffe.