Un changement radical du paysage politique !

A quatre mois du scrutin, la nomination de Valérie Pécresse comme candidate du parti « LR » à la Présidence fait émerger un deuxième candidat capable de rassembler une majorité de français autour de son nom et de doter la France d’un gouvernement dont les extrémistes seraient exclus. A ce seul titre, ce développement constitue indubitablement une très bonne nouvelle.

La tâche de Madame Pécresse demeure, cependant, ardue car il est impératif que, dans  la foulée de sa nomination, elle conforte la deuxième place que lui assigne dores et déjà certains sondages. Une place au deuxième tour de l’élection face au Président Macron lui donnerait des chances de l’emporter qui sont loin d’être négligeables. En effet la préparation minutieuse de son programme, son professionnalisme dans les débats de la primaire et l’expérience réussie de gestionnaire d’un territoire équivalent à la Belgique, sont capables de séduire de nombreux déçus du Président sortant, sans oublier qu’en tant que femme elle incarne non seulement un changement attendu mais aussi une réelle élégance qui (à rebours de Margaret Thatcher et Angela Merkel) sera loin de la desservir.

Son plus grand défi sera de garder l’unité de son parti, tâche qui devrait se trouver  facilitée au fur et à mesure que ses chances se confirment en rendant les défections de postulants à des « postes de pouvoir » de plus en plus improbables, L’incertitude subsistera pourtant tant que la situation relative de ses concurrents sur sa droite restera ambigüe.

En effet, si par exemple, la candidature d’Éric Zemmour devait, s’effondrer ou était rendue impossible faute de parrainages, –  scénarios plausibles vu ses provocations, sa radicalité et ses dérapages –  la deuxième place au premier tour de l’élection pourrait lui échapper au profit de Marine Le Pen. La candidate LR serait donc éventuellement tentée, si les sondages continuent à la favoriser dans la « primaire » virtuelle qui se joue entre les trois candidats de droite, de susciter parmi les élus de son propre parti les parrainages nécessaires à Eric Zemmour pour assurer la division du vote d’extrême droite, lui permettant de « pimenter » simultanément son positionnement en faveur du clan « Ciotiste ».

Si cette analyse est correcte, le Président sortant a toutes les raisons de faire de Zemmour son principal adversaire, répondant aux attaques « ad hominem » féroces du polémiste et favorisant, sans avoir l’air d’y toucher, le transfert des voix perdues par Zemmour vers le Rassemblement National qui constitue pour lui un adversaire beaucoup moins redoutable que Madame Pécresse.

Mais la candidature de Madame Pécresse présente aussi un vrai danger pour l’Europe et pour la France : En effet, il est affligeant de constater que certaines propositions,  défendues par les candidats à l’investiture du LR et endossées par plus de 96% des adhérents (avec la notable exception des supports de Philippe Juvin), suggèrent la primauté de la souveraineté nationale sur le droit européen, préconisent la réforme des règles sur immigration, de la gestion du droit d’asile, de la mise en cause de la liberté de circulation et des accords de Schengen, de l’instauration de la préférence nationale, etc.,. Or, si ces propositions sont en partie incompatibles avec le droit européen, leur adoption explicite ou implicite par un Referendum, annoncé dans la foulée de l’élection, conduira inévitablement à l’une de deux conséquences incontournables:

  • soit à l’édulcoration des propositions (dans la tradition de la droite de parler fort pendant la campagne (Chirac – Sarkosy) mais de ne pas transformer l’essai une fois investi du pouvoir. Cela renforcerait significativement le potentiel de déstabilisation de la société et la tentation de recourir à des solutions radicales et violentes, entretenues par les partis extrémistes battus dans les urnes et rendant aléatoire une gouvernance paisible du pays;
  • soit au basculement  assumé du LR dans le camp très majoritaire des « souverainistes »  qui, pour certains partis, n’est qu’un faux nez pour leur « euroscepticisme » viscéral. Cela constituerait un pas majeur et éventuellement irréversible vers le blocage et ensuite le démantèlement de la construction européenne ce qui ne représente très probablement ni la volonté ni l’intérêt bien compris des électeurs.

Cette situation rend particulièrement difficile le succès de la présidence de l’UE que la France assumera pendant six mois à compter du 1er janvier ; en effet le Président se trouvera tiraillé entre sa fonction d’arbitre au niveau européen et sa position de candidat à sa propre réélection. Ses rivaux ne manqueront pas de l’attaquer sur la défense de la « souveraineté nationale », notamment dans les domaines mentionnés ci-dessus, réduisant considérablement sa liberté de manœuvre pour réaliser son programme.

En conclusion, même si la candidature de Valérie Pécresse constitue dans le court terme un rempart additionnel bienvenu contre une percée de l’extrême droite, son élection risque néanmoins de rendre les réformes indispensables de l’Union Européenne encore plus compliquées au moment même où les développements géopolitiques, économiques et environnementaux appellent un approfondissement volontariste de l’intégration européenne, seule capable de défendre sur l’échiquier mondial, les intérêts légitimes de ses 450 millions de citoyens.